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Coudre du Tyvek

Que quoi mais qu’est-ce donc que ce truc-là ?

Le tyvek n’est ni du papier, ni du tissu, ni un morceau d’étoffe venue de la planète Krypton (c’eut été drôle) et pourtant il se plie, coupe et coud sans difficulté. Il s’agit d’un matériau non tissé fabriqué à partir de fibres de polyéthylène, développé et commercialisé depuis 1965 par la marque DuPont (ça date déjà). Coup de bol, j’ai mis la main sur une chute suffisamment grande pour me permettre de faire quelques essais et de coudre un premier projet avec, histoire de voir ce que cette matière a dans le ventre. Pour info, son épaisseur varie de 0.5 à 10 µm. J’ignore absolument avec quelle épaisseur j’ai bossé ici, je sais juste que ce n’est pas la plus fine, mais on n’est pas loin derrière (vous êtes contents que je sois aussi précise hein ! Hum, désolée).

La doublure est un piqué de polyester tout bête, histoire d’avoir un intérieur moins rigide.


Mais d’abord, pourquoi est-ce un matériau giga-top-moumoute au juste ?

Il cumule les qualités : imperméable mais respirant, naturellement blanc opaque, fin, très léger et lisse, il se coupe sans problème avec une paire de ciseaux mais je vous mets au défi de réussir à le déchirer à mains nues. Même une fois cousu, on pourrait craindre que les trous de la couture ne le fragilisent et permettent de le déchirer plus facilement, mais non : même avec un point très serré, il résiste le bougre. Cadeau bonus, notre nouvel ami est non toxique et recyclable. Yeah baby !

Ça vous dit vaguement quelque chose ? Normal : on l’utilise entre autre pour réaliser des enveloppes résistantes, des bracelets de contrôle, des combinaisons protectrices ou encore du packaging industriel. Vous en avez probablement déjà eu en main.

Mais voila, comme la perfection n’est pas de ce monde, le tyvek a tout de même quelques défauts, à commencer par le fait qu’il se froisse, ce qui peut donner un look intéressant, mais si vous cherchez quelque chose qui ne marque pas, passez votre chemin. Même si je m’y attendais, j’avoue que je ne sais toujours pas si j’aime ou non le rendu vraiment très froissé du Buttercup Bag que voici (patron pdf gratos dispo sur le site de Rae). Il s’est retrouvé dans cet état car j’avais laissé une ouverture trop petite dans ma doublure pour retourner ce sac (en faisant plus attention, j’aurais eu des marques, mais moins flagrantes)… Avec du tissu cela aurait été impec’, mais là il a vraiment fallu le plié sans pitié pour le faire passer. Mais je compte bien laisser encore une chance au T’rex tyvek, cette fois en choisissant mieux mon projet.

Comment l’utiliser ?

On trouve tout un tas d’informations sur le site DuPont, mais voici les leçons tirées des quelques essais que j’ai fait :

  • Ne pas l’épingler, cela laisse des marques. Comme avec le cuir, on peut en revanche utiliser des pinces à linge ou à dessin pour maintenir les pièces ensemble.
  • Pour de découper, dessinez d’abord le contour de votre pièce au crayon, et évitez de travailler en pliant votre tyvek pour obtenir deux pièces identiques, prenez plutôt le temps de découper chacune à part.
  • Utilisez de préférence une aiguille fine, 60 ou 70 : quand on utilise un matériau imperméable, c’est dommage de tout gâcher en faisant de gros trous pour la couture, qui devient alors l’endroit par lequel l’eau peut passer.
  • Allongez légèrement le point de votre machine. À 2.5, cela fonctionne sans se déchirer mais je trouve tout le même le point trop serré. J’ai allongé ma longueur de point à 3 pour les coutures d’assemblage, et 3.5 pour les surpiqures de la sangle.
  • pas de besoin de surpiqures pour l’aplatir, sa rigidité donne des plis bien marqués sans problème. Pour la sangle en revanche, c’était indispensable car je ne pouvais pas la coudre à l’envers puis la retourner, j’ai donc simplement plié 1 cm de chaque côté et fermé avec une surpiqure sur l’endroit.
  • On peut essayer de le repasser mais ce n’est pas très convainquant. Pour commencer, il ne faut surtout pas mettre la semelle du fer directement en contact avec le tyvek. J’ai essayé avec mon fer vapeur en plaçant un chiffon en coton entre les deux, et bon, ça n’abime pas et ça permet très légèrement d’écraser les plis, mais rien de miraculeux non plus : ceux-ci ne disparaissent pas et je pense que s’ils sont aplatis c’est plus dû au pressage qu’au fer chaud en lui-même.
  • Pas de souci pour poser du passepoil ou du biais dessus (testé et approuvé). J’ai aussi très facilement pu réaliser un passepoil avec une chute de tyvek, et bien que je n’ai pas encore eu l’occasion d’essayer, je pense que l’on peut sans problème coudre une fermeture éclair.
  • De même c’est un matériau parfait pour utiliser des boutons pressions en résine : même avec une épaisseur très fine de tyvek le support ne s’abime pas, et pourtant ce n’est pas faute d’avoir ouvert et fermé les pressions plusieurs dizaines de fois pour être sûre.
  • Évitez les petites pièces difficilement manipulables, à moins que vous n’aimiez le look froissé.
  • Et surtout, pensez bien à conserver votre tyvek roulé plutôt que plié.

 

Pour se procurer du tyvek…

Vous pouvez déjà regarder autour de vous et faire dans la récup’ : enveloppes, packaging… Comme je le disais, ce matériau est très courant mine de rien. À vous de voir si vous pouvez en choper du déjà utilisé. Sinon mon copain designer a passé commande de son rouleau en Allemagne, si ça intéresse du monde je donnerai les détails par ici dès que j’en saurais plus.

Envie d’en voir plus ?

Zieutez-moi donc le bomber imprimé de BuddybuddyVintage, le sac à dos de Beltastudio et celui de randonnée de Kinpu san. On peut aussi envisager d’en faire des cerf-volants, des tentes, des origamis à coudre (comme ce papillon selon le tuto de Louise), voire une robe de mariée si ça vous dit. Le tout est de savoir tirer parti du côté « papier froissé », qui peut donner un max de charme à des patrons bêtes comme chou.