Eloge des voyages immobiles

Ne soyez pas déçus, je n’ai rien à vous montrer aujourd’hui mais c’est une bonne chose en fait.

Je pourrais paniquer en me disant « oh mon dieu, 4 jours sans rien poster, je vais décevoir les gens et perdre tous mes lecteurs !!! », je pourrais mettre en ligne des choses de qualité médiocre (oui, j’en ai quelques-unes en réserve) juste pour faire du remplissage, je pourrais…

En écrivant Les très riches heures de l’humanité (qui avec son extraordinaire biographie de Fouché fait partie de mes livres préférés) Stephan Zweig a voulu illustrer le fait que l’histoire, qu’on lui mette un petit ou un grand H, avance par bonds, des moments « d’une grande concentration dramatique, porteurs de destin, où une décision capitale se condense en un seul jour, une seule heure et souvent une seule minute » qui viennent après des périodes plus longues durant lesquelles les choses semblent stagner. C’est un excellent résumé du travail de création : les avancées ne se font pas toutes seules, elles semblent rapides quand elles arrivent mais résultent en fait de phases non pas d’attente mais de préparation, et d’après mon expérience il ne sert pas à grand chose de vouloir forcer les choses : je ne vais pas coudre tant que je ne suis pas certaine de ce que je veux, tant que je ne suis pas satisfaite du patron ou du tissu choisi. Je ne vais pas presser mon tricot au risque de me tromper dans la délicate dentelle….

Et surtout je ne vais pas me priver de ces plages de calmes ! Je les aime pour la même raison que j’aime prendre le train : il ne sert à rien de bouillir d’impatience, pas moyen de descendre du train ou de le faire aller plus vite donc autant s’installer le plus confortablement possible et profiter du paysage et de ce temps à perdre. Lire, dessiner, réfléchir posément au travail en cours. Il sera bien temps de se presser à l’arrivée.

Aujourd’hui j’attends un colis de tissu, je feuillette encore et toujours mes patrons à la recherche de la coupe idéale pour une robe que je ne veux pas rater, je vais sans doute avancer un peu mon châle, je ne sortirai pas la machine à coudre pour ne pas déranger Monsieur, qui a posé un jour de congé et avec qui nous allons j’espère regarder un bon film… Je vais réfléchir à mon tutoriel de casquette, profiter du soleil s’il se décide à pointer son nez et laisser mûrir quelques idées qui me trottent par la tête.

Je peux faire tout cela en toute sérénité puisque je sais que mine de rien les choses se mettent en place dans mon esprit, tout à coup je saurai exactement ce que je dois faire et je sauterai comme une perdue sur mon matériel, ne sachant plus ou donner de la tête et finissant plusieurs choses à la fois… Je vous dis donc à très bientôt !

3 Commentaires

  • 1
    25 juillet 2011 - 20 h 53 min | Permalien

    J’aime bien cette vision des choses. Merci donc pour cette petite minute quasi philosophique et pleine de sagesse ;-)
    Tu as raison en tout point!

  • 2
    Des Fonses
    29 juillet 2011 - 12 h 22 min | Permalien

    Je m’incline devant tant de sagesse… Ômmmmmm

  • 3
    saki
    29 juillet 2011 - 23 h 46 min | Permalien

    Ohhhh, des copain qui passent dans le coin ! Merci pour les petits mots, je me sens moins seule dans ma recherche du zen grâce à vous.