GN et photographie

Voila un moment que je veux publier par ici un mini article sur le GN.

C’est d’autant plus d’actualité que je viens de me lancer dans la photographie de GN, ce à titre purement bénévole, et de publier un article sur ce sujet précis sur le site Electro-GN…

Je vous propose un petit tour des derniers jeux que j’ai eu la chance de jouer et photographier. En seconde partie vous trouverez un pavé de texte expliquant ce que c’est que ce loisir merveilleux qui permet de combiner imagination, interprétation, costumes etc.

Un moment fort pour moi. Photo Nicolas Vassort. (Juliette j’te kiffe !)

Prima la Musica

J’attaque avec cet excellent GN écrit par la Primoo Team et organisé sous l’égide de l’association Urbicande Libérée. Vous pouvez lire une préview et une critique en suivant les liens que voici.

Quiconque suit ce blog a déjà vu passer des bouts de la tournure et des accessoires 1874 cousus et bricolés pour cette occasion (ici, , encore par ici et n’oublions pas les tricots assortis). Il manquait des photos en jeu, voila qui est fait.

Imaginez un peu…. Commencer un jeu au sein d’une foule si élégante ! Photo Sandrine Schwochrer

Parlons du jeu : certes il est un peu cher, mais quand on considère l’expérience proposée (un jeu réjouissant, deux nuits dans un château charmant et confortable, des repas excellents dont un souper au champagne…) ça valait carrément le coût. Je ne peux pas révéler exactement ce que j’ai joué, en cas de réorganisation ce serait dommage de spoiler. Je peux en revanche dire combien j’ai aimé ce rôle de chanteuse lyrique passionnée et bad ass. Merci encore mille fois à l’équipe et en particulier à ma scénariste Laure et à Achille (parce que). Et évidemment aux deux photographes qui étaient présents, Sandrine et Nicolas.

 

Le Lierre et la Vigne

Ce jeu là je ne sais pas trop comment vous en parler (lisez donc la présentation par ici). Il s’agit d’un GN contemporain de Lila Clairence (association eXperience) durant lequel je n’ai pas porté le moindre costume pour une fois. Nous jouions des artistes durant le premier jour d’une résidence créative, le tout dans un environnement protecteur où chacun trouvait sa place harmonieusement, hébergé dans une chaleureuse maison de campagne.

Comme j’avais apporté mon appareil photo, après tout je jouais une artiste, voici quelques images. J’espère qu’elles rendent l’ambiance apaisée et heureuse de ce jeu feel good et poétique.

 

 

Corridors Of Hannington Wick

Ce jeu historique écrit par Jimilie Corps, et organisé avec l’aide de l’association Les Amis de Miss Rachel, plaira aux fans de la série Downton Abbey puisqu’il s’agit d’un jeu « maîtres et domestiques ».

Celui-ci se veut le plus fidèle possible à ce qu’était la vie d’une riche maison bourgeoise en 1821, c’est à dire que les joueurs ayant signé pour les rôles de domestiques ont effectivement dû trimer tout du long, allant jusqu’à cirer des chaussures et recoudre la robe de l’une des Ladies jusque tard dans la nuit, tout en bavardant librement entre eux loin des oreilles des maîtres.

Cette fois j’étais là en tant que photographe, j’ai même cousu pour l’occasion une robe noire évoquant vaguement l’époque. J’ai beaucoup appris à cette occasion, à commencer par le fait que que la photo de GN c’est fatiguant mais aussi terriblement excitant et photogénique.

Impossible de faire un choix parmi ces photos…. Alors j’en mets plusieurs, cliquez sur les vignettes !

Pour finir cette partie, sachez que j’ai créé une page FesseBouc dédiée à mes dessins, peintures déco et photos : Sakigraphie. J’y héberge des images que ne ne poste pas forcément ici, suivez-la donc si ce type de truc vous intéresse.

 

Bon, alors, qu’est-ce donc que le GN ?

On cause ici de jeu de rôle Grandeur Nature. Il existe deux type de jeu de rôle (je parle ici uniquement de la pratique ludique), le JDR et le GN, tous deux souvent comparés au théâtre d’improvisation. Les deux ont une base commune : il s’agit d’imaginer et jouer ensemble une histoire. En JDR on s’installe autour d’une table et l’imagination prévaut puisque tout repose sur les descriptions faites par les participants, par exemple « je suis un orc de 2m35″, « je lance le sortilège du Patronus, un grand ours magique apparaît et repousse les Détraqueurs » ou encore  « l’ordinateur central du vaisseau spatial émet un signal d’alarme ». Bref, on ne fait « que » parler. Pour plus d’info sur le JDR, qui est une pratique complexe et passionnante, allez donc lire ceci.

En GN, quoiqu’il existe des exceptions notables, on simule les costumes, décors et actions au lieu de les décrire. Quand comme ma pomme on adore coudre et bricoler, comment résister à une activité créative mêlant tout ça à un jeu basé sur l’imagination, la narration et l’interprétation ? Hein, j’vous l’demande mes bons amis !

Précision importante : le GN est une activité polymorphe. Il existe de nombreuses cultures de jeu, il va être ici essentiellement question de ma pratique mais ça ne veut pas dire que c’est tout ce qui existe ou que je la pense supérieure aux autres, c’est juste ce que je connais, ce que j’apprécie et dont il me semble pertinent de causer ici.

 

Comment ça se passe concrètement ?

Quelqu’un/un groupe de scénaristes invente la base d’une histoire. Par exemple « Perdu dans l’espace à des années-lumière de la Terre, un groupe d’explorateurs et de scientifiques négocie avec une race alien afin d’obtenir une technologie susceptible de les aider à rentrer rapidement ».

Après avoir défini quel type d’expérience de jeu va être recherchée (comique, sérieux, horreur, romance…), le scénario est développé en définissant les personnages et les relations existant entre eux ainsi que les évènements qui vont venir ponctuer l’histoire (trahison d’un.e alié.e, catastrophe naturelle, attaque par un.e ennemi.e commun.e….).

Une fois le jeu écrit, les scénaristes passent à la phase d’organisation : trouver un site qui convienne, prévoir éventuellement la décoration, les costumes pour les PNJs (personnages non-joueurs qui seront interprétés par des membres de l’équipe organisatrice afin de servir l’histoire), la nourriture qui sera servie en jeu (et les personnes qui la cuisineront). Cela comprend aussi des taches administratives telles que calculer le budget nécessaire pour tout ceci, et donc la participation qui sera demandée aux joueurs et à l’équipe organisatrice ou encore prévoir l’assurance. Je reviendrai sur le cadre associatif un peu plus tard.

Une fois les joueur.euses inscrits, l’équipe envoie à tout le monde les informations générales (documents légaux à signer, trombinoscope de tous les personnages, information pour rejoindre le site…), puis à chacun.e individuellement une fiche de personnage. Par exemple : « Tu vas jouer le rôle de Cathy Johnson, la capitaine du vaisseau. Une femme forte, butée parfois mais d’une grande intégrité. Voici quelles sont ses relations avec chacun des autres personnages…. Voici le secret de son passé qui la hante (folie)…… Son but principal est de rentrer sur terre mais en aucun cas elle ne pourrait accepter une solution qui risquerait de causer la perte d’autres vies. »

Ces fiches de personnages peuvent être lapidaires ou au contraire être rédigées de façon littéraire sur 20 pages. Qu’importe du moment que les informations sont passent.

Le jour J, l’équipe organisatrice et les joueur.euses se retrouvent sur le site de jeu, les orga font un briefing pour rappeler les points importants (règles de sécurité, informations liées à l’organisation, rappel de l’expérience de jeu visée…). Enfin le GN commence.

Chacun.e va incarner de son mieux le personnage qui lui a été attribué. Ainsi la capitaine Cathy Johnson devra négocier avec l’ambassadeur Nolan un échange de technologie, trouver qui au sein de son équipage a trahi sa confiance et prévenu une autre race alien de cet échange censé être secret, éviter que Nolan n’apprenne que son fils unique vit une histoire d’amour interdite avec Thomas Nguyen l’un des sou-officier terriens et se retrouvera confrontée à sa plus grande peur quand une arme bactériologie alien ciblant son ADN commencera à réactiver un trait familial (sa mère était bi-polaire, certains symptômes de ce trouble mental vont commencer à apparaître chez notre valeureuse capitaine).

La durée de jeu est définie à l’avance par les scénaristes en fonction du timing prévu pour les divers évènements qui vont ponctuer l’histoire. Une fois celle-ci bouclée on signale la fin et chacun.e quitte son rôle. On peut alors relâcher la tension en racontant les dessous du scénario, ce qui est arrivé. En effet chaque joueur.euse est le personnage principal de sa propre histoire, il est en général impossible de suivre ce qu’ont fait précisément les autres, les différents arcs narratifs…. C’est aussi un plaisir de découvrir comment les différents participants ont vécu une même histoire, avec parfois des points de vue complètement opposés. Par exemple, alors que la capitaine est heureuse d’avoir ramené son équipage sur terre sans dégât ou nuire à autrui, Thomas Nguyen s’est senti trahi lorsqu’on l’a forcé à renoncer à son histoire d’amour pour le bien général.

 

Il y a des gagnants et des perdants alors ?

Non. Cela ne signifie pas que la personne interprétant la capitaine a gagné alors que celle jouant Thomas a perdu. Du point de vue des joueur.euses, du moins dans ma culture de jeu, ce qui compte c’est avant tout la qualité de l’histoire construite ensemble. Peut être que l’interprète du personnage de Thomas aurait pu trouver une solution pour sauver l’histoire d’amour en question mais a préféré jouer le déchirement du sacrifice plutôt qu’avoir une fin heureuse.

Ceci dit il existe en jeu de rôle une théorie baptisée LNS, que je maîtrise mal et qui a ses défauts mais qui apporte un éclairage sur cette idée de gagner. Elle oppose Ludisme (objectif : gagner), Narrativisme (objectif : créer une histoire intéressante) et Simulationnisme (objectif : créer la simulation la plus réussie possible).

Les trois éléments se combinent dans un GN, les scénaristes auront défini dès le début quelle expérience de jeu va être proposée et donc quelle importance aura chacun (et dans l’idéal cela sera clair lors de la communication autour du GN afin d’éviter que des joueur.euses s’inscrivent à quelque chose qui ne leur convient pas).

Pour ma part je suis une grosse fan de narrativisme mâtiné de simulationnisme qui déteste la compétition. J’ai donc tendance à écrire et m’inscrire à des GNs pour lesquels gagner n’est pas un enjeu. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas une part de ludisme et que je ne prendrais pas plaisir à convaincre un ambassadeur alien de me vendre sa technologie à bas prix… Mais à mes yeux cela à moins d’intérêt que d’interpréter un personnage de façon réaliste (y compris au niveau du costume) et surtout de participer à la création collective d’une histoire palpitante et touchante.

 

Il y a un texte à apprendre, un public ?

Encore une fois : non ! Il ne s’agit pas de théâtre.

Bien qu’il existe des jeux plus ou moins dirigistes, en général les joueur.euse ont une grande liberté d’interprétation autour de la base qui leur est donnée. Pour continuer avec le précédent exemple, il est tout à fait possible que la fiche de personnage de Thomas Nguyen finisse par : « tu as beau être follement amoureux du fils de l’ambassadeur, tu sais que cette histoire ne peut durer, à la fin tu devras renoncer à cet amour pour le bien de tous. » Dans ce cas il n’est pas question que la personne qui interprète ce rôle aille contre l’expérience de jeu proposée ici (= le sacrifice) mais en revanche à elle de décider quand et comment le renoncement arrivera, quels mots seront prononcés…

Et évidemment cela se fera en duo avec l’interprète de son amant mais aussi en se basant sur les interactions avec les autres personnages (confrontation avec l’ambassadeur, confidences d’une amie qui lui révèle qu’elle se meurt d’une grave maladie et que seul un retour rapide sur terre pourrait la sauver, menaces de la capitaine etc). C’est en cela que l’on se rapproche le plus du théâtre d’improvisation car en GN il faut être à l’écoute des autres participants pour réussir à construire collectivement une histoire qui se tienne.

Quant au public… Il n’y en a pas. Je ne connais qu’une exception (il y a en a sans doute d’autres) : un GN dans les cadre d’un procès. Les joueur.euses y interprètent les magistrats, avocats, accusés, témoins ainsi que le jury. Les spectateurs « jouent » les personnes assistants au procès et n’interviennent à aucun moment.

 

Qui organise au juste ?

Il s’agit majoritairement d’une activité bénévole. Scénaristes, organisateurs, cuisiniers, photographes, bricoleurs de génie…. Nous sommes pour l’essentiel des passionnés. En fait, bien souvent les bénévoles paient en prime de leur poche, moins que les joueurs mais certes, ce afin que le prix par personne reste accessible malgré des frais parfois élevés (par exemple louer un château…). Les associations organisatrices sont multiples, en fait il y a même des associations de cuisiniers qui n’aiment rien tant que créer un menu pour un GN spécifique et se déplacer pour nous régaler.

 

Il y aurait encore beaucoup à dire, et je répondrai avec plaisir si vous posez des questions dans les commentaires, mais mon but n’est pas d’être exhaustive sinon on en aurait pour un sacré bout de temps. J’espère que ces quelques informations donnent aux curieux une idée assez précise et éventuellement envie d’essayer.

 

Vous avez envie de tester le GN ?

Il existe sous de nombreux formats et thèmes, par exemple Tant d’espace, est un jeu intimiste de Sébastien Duverger-Nédellec qui dure environ une heure pour trois personnes (un.e orga + un rôle féminin et un rôle masculin), qui ne demande aucun matériel puisqu’il s’agit d’un jeu contemporain se déroulant dans un bistrot ordinaire (scénario mis gratuitement à disposition dans la très chouette scénariothèque de L’Univers du Huis-Clos). À l’opposé il y a Avatar, un mass larp (larp = traduction de GN en anglais, mass = de masse) au thème médiéval-fantastique qui dure plusieurs joueurs, regroupe des centaines de joueurs et coûte en moyenne une centaine d’euros.

Entre les deux il y a un sacré éventail de jeux proposés. Pour débuter je vous conseille de commencer par demander autour de vous, si ça se trouve vous connaissez des rôlistes sans le savoir et pourrez ainsi mettre facilement le pied à l’étrier. Sinon n’ayez crainte, les nouvelles technologies sont à votre service ! Facebook regorge de groupes régionaux destinés aux GNistes. Pas fan de réseaux sociaux ? Il existe des rencontres régulières IRL. À Paris ça se passe le premier mardi du mois (pour plus d’info voyez le site internet de l’association Rôle), à Bruxelles c’est chaque mercredi soir à la Porte Noire….

Et évidemment il y a la possibilité d’organiser des jeux petits formats avec ses potes. La scénariothèque de l’Univers du Huis-clos est une mine d’or pour ça, et les scénarii y sont classés selon le nombre de participants, d’orga nécessaires et le niveau de difficulté. Besoin d’un coup de main, de conseils ? Le forum est là pour ça.

Vous avez envie de jouer en dehors de votre groupe d’amis/pas d’orga volontaire sous la main ? Commencez par suivre Electro-GN, ZE blog qui cause bien du GN et propose préviews et critiques. Puis zieutez les calendriers des fédérations belge et française. Pour la Suisse, le forum du GNiste boiteux semble pas mal du tout. Voici aussi les sites de mes associations préférées : eXperience, Rôle, Les Amis de Miss Rachel, Wargs, RAJR, Le 5ème Éléphant, Urbicande Libérée, Clepsydre.

 

See you soon folks ! (J’ai un nouveau châle à vous montrer)


 

3 Commentaires

  • 1
    28 juin 2017 - 20 h 22 min | Permalien

    Ahlala tu nous éclaire un peu plus à chaque fois! Ayant fait quelques années d’improvisation, je salive sur chaque article… Il va falloir que je mène ma petite enquête du côté nantais…

    Merci !

    • 2
      saki
      28 juin 2017 - 21 h 56 min | Permalien

      Cool, tu peux déjà te renseigner par ici : http://www.mondesparalleles.com/

      • 3
        3 juillet 2017 - 17 h 49 min | Permalien

        Super! Merci pour le commentaire en bas de ton article suivant!!!!!!! Nous sommes trois et… nous allons nous inscrire! Merci merci merci!