Naufrage et sauvetage

Amis couturiers, je vais vous conter aujourd’hui l’histoire de la pire chose qui puisse nous arriver.

Pire qu’un dérapage de découd’vite, pire qu’un ourlet qui tourne, bien pire qu’une manche montée à l’envers…. C’est l’histoire d’une robe de mariée ratée. Mais ne vous affolez point : si l’histoire est triste à vous fendre le cœur et n’est pas exempte de passages terrifiants, je vous promets qu’elle finit bien. Lisez sans crainte la suite que voici…. (n’ayant aucune image du naufrage, ce conte est illustré de photos joyeuses sans rapport avec le drame).

Il était une fois Marie et Arnaud, un couple de contes de fée : ils sont beaux, jeunes, amoureux… Ils rayonnent tant qu’autour d’eux se trouve réuni tout un clan, composé d’amis et de la famille. Quand on les approche, on est tout de suite un peu plus heureux car ils débordent de gentillesses et de bonnes énergies (en général, le terme « bonnes énergies » me fait doucement ricaner, mais avec eux c’est réellement ainsi).

Un beau jour, ces deux tourtereaux décidèrent de célébrer leur amour, mais ils n’avaient pas envie de passer devant dieu ou devant l’état, non, eux ce qu’ils voulaient c’est une fête presque improvisée, gaie, simple, originale, champêtre et colorée. Une fête à leur image. Ce ne serait pas un Mariage mais une Union.

Mais il fallait tout de même une robe pour l’amoureuse, et une tenue de fête pour son chéri. Regardant autour d’eux, il me virent, et me demandèrent de les habiller. C’était environ 15 jours avant la fête mais on avait le temps de tout faire à priori. C’est peu de dire que j’étais heureuse de leur dire « Oui ! » et que je me mis à l’ouvrage avec enthousiasme.

Je vous passe les détails, disons juste que :

  • J’ai aidé Marie à coudre la tunique pour son promis, et tout s’est bien passé.
  • Arnaud m’a demandé de copier un gilet qui lui allait bien et de le réaliser en lin et wax, et tout s’est bien passé.
  • Marie m’a demandé de lui faire un boléro et le petit sac assorti, et tout s’est bien passé.
  • J’ai fait une toile pour la robe de Marie, et tout s’est bien passé.
  • Après cela, j’ai pu commencer à coudre la doublure et le fond de robe, et tout s’est bien passé.
  • Elle est venue faire plusieurs essayage, et tout allait bien.
  • Pour finir j’ai assemblé la doublure, le fond de robe et les sur-robes en mousseline de soie… et je me suis plantée.

 

Voila : la robe n’allait plus, et évidemment nous ne nous en sommes rendu compte que deux jours avant la fête. Pourquoi ? Parce que j’ai cousu un fond de robe doublé et baleiné avec plusieurs découpes pour bien suivre la ligne du corps (ce qui était parfait), mais qu’au moment d’ajouter la double épaisseur de mousseline de soie par dessus j’ai réalisé que je ne pouvais pas y faire de pince, car le tissu était trop fragile et que moins je le cousais, mieux il se portait. J’ai cru pouvoir compenser en l’ajustant au maximum, j’ai eu tort car la robe est devenue soudain laide et trop serrée. Enfer et damnation !

L’adorabilitude de Marie s’est révélée : au lieu de s’énerver, elle m’a consolée, puis a proposé d’aller simplement s’acheter une robe pour remplacer celle-ci. Mais il n’était point question de courber ainsi l’échine face aux évènements : un défi m’avait été lancé, des amis m’avaient fait confiance, telle une chevalière des temps moderne j’ai décidé de relever la tête et le défi et me suis écriée « Non, douce Marie, tu ne porteras point une robe de remplacement pour une telle occasion ! Ce tissu de la couleur de tes yeux est le seul digne de toi, je le dompterai ou je périrai, mais nous sortirons toutes deux de cette épreuve la tête haute ! » (Certes, j’ai omis d’ajouter qu’elle se retrouverait peut être à poil pour son Union, mais que voulez-vous j’étais transportée par une verve lyrique et optimiste).

Et là, elle a prouvé qu’elle était une vraie pote : elle m’a fait confiance. Rappelons-le : c’était 48 h avant la fête. Elle devait partir immédiatement pour s’occuper des préparatifs, il a été convenu que je la rejoindrais le lendemain matin avec tout mon matériel, et que sur place je pourrai utiliser la machine à coudre de sa charmante belle-mère (une dame délicieuse, heureuse propriétaire d’une vieille Toyota d’une fiabilité à toute épreuve).

Comme j’avais la soirée devant moi et le moral au plus bas, sans pouvoir commencer à travailler sur une nouvelle toile puisque je n’avais personne sur qui faire les essayages, j’en ai profité pour coudre ma robe pour la fête. Mais c’est un autre conte dont je vous ferai le récit une prochaine fois….

Bon an mal an, j’ai réussi à dormir, et le lendemain j’ai débarqué à Tournai, décidée à vaincre le dragon. À 11h nous avons choisi ensemble un nouveau modèle, permettant de réutiliser certaines parties de la robe déjà cousue, mais avec un nouveau corsage. Ça m’a tout de même serré le cœur quand j’ai dû donner un grand coup de ciseau dans la robe afin de récupérer le plus de tissu possible…

J’ai alors commencé à bosser sur une nouvelle toile pour le corsage, et au fil de la journée la demoiselle a fait des aller-retour pour les essayages. À 23 h, tremblante, je l’appelais une dernière fois pour l’essayage final, le verdict allait tomber…. Et quand elle s’est vue dans sa robe et m’a sauté dans les bras en me remerciant, j’ai compris que c’était gagné.

La fête fut gaie et originale. Les tourtereaux étaient beaux comme des astres. La robe était à l’image de celle qui la portait : légère, virevoltante, chatoyante, sexy aussi. Et quand Marie et Arnaud ont dansé au son de la fanfare, j’étais heureuse d’avoir eu une petite part dans cet évènement.

Mon conte finit ainsi, et comme vous avez déjà dû lire une sacrée tartine je ferai court pour les détails techniques :

Pour Lui :

  • Tunique 138 du Burda de juin 2011, réalisée en lin trouvé au Chien vert à Bruxelles. Boutons en noix de coco de mon stock.
  • Gilet copié sur un modèle du commerce, lin et wax du Chien vert.

 

 

Pour Elle :

  • Haut de la robe 117 du Burda d’octobre 2010, baleiné afin de pouvoir se passer de bretelles. Le dos a été modifié pour ajouter le laçage. Le bas de la robe est une improvisation maison basée sur les envies de la demoiselle. Le fond de robe et les mousselines de soie viennent de chez Stragier. Le corsage comporte 6 épaisseurs : d’abord du coton entoilée sur lequel ont été placées les baleines. Puis l’envers a été doublé, l’endroit a été réalisé en cousant deux épaisseurs de mousseline de soie (de deux couleurs différentes) sur un fond en doublure.
  • Boléro Simplicity, issu de la pochette 2442 et chopé dans le magazine Tendances Couture hiver n°3 (super patron d’ailleurs, à refaire !) . J’ai modifié les manches afin qu’elles soient moins bouffantes, et rallongé un peu le dos pour couvrir le laçage de la robe. La soie sauvage vient de chez Stragier.
  • Sac Buttercup, un modèle gratuit et téléchargeable que l’on peut trouver sur le site de Made by Rae. Il a été réalisé avec les chutes du boléro et de la doublure de la robe, les boutons sont en fait des pressions kam recouvertes avec la soie du sac.

 

À bientôt pour ma robe (dont je suis plutôt contente ma foi).


45 Commentaires

  • 1
    13 juin 2014 - 7 h 52 min | Permalien

    Pfiou, ça a dû être une sacrée pression ! En tout cas la robe est très jolie

    • 2
      15 juin 2014 - 19 h 00 min | Permalien

      Merci Saria, en effet c’était stressant.

  • 3
    Mai
    13 juin 2014 - 7 h 53 min | Permalien

    Quelle histoire! heureusement que tu nous préviens dès le debut que ça finit bien sinon j’aurais été obligée de commencer à lire ton article par la fin… Très honnêtement ils sont magnifiques ces « unis », je trouvre que c’est pour ce genre d’occasion que la couture maison prend tout son sens, une occasion spéciale, un couple au coeur de la fête et des vêtements faits spécialement pour eux qui leur vont parfaitement, beau boulot! Je comprends pourquoi Marie t’as sauté au cou, cette robe est superbe et lui va nickel.
    Petite question couturesque au passage, c’est compliqué de baleiner un modèle qui ne l’est pas? j’adore porter des dos-nus mais je suis toujours génée par les bretelles de soutien-gorge (et quand c’est pas les bretelles, c’est le dos), donc ça pourrait être une solution de me coudre des dos nus baleinés. Allez, j’arrête mon roman. Bonne journée et bon weekend!

    • 4
      15 juin 2014 - 19 h 02 min | Permalien

      Mai, en fait c’est très facile de baleiner un corsage ajusté. Tu as le choix entre les baleines à coudre en plastique ou celles en métal (ou en plastique) à glisser dans des goussets. le tout se fait sans souci, ça rend juste un peu plus de temps (le mieux étant les baleines métal je trouve, mais celles en plastique à coudre dépannent bien).

      Seul truc important : bien protéger le bout des baleines afin que celui-ci ne viennent pas percer le tissu à l’usage.

  • 5
    13 juin 2014 - 9 h 02 min | Permalien

    Waouh, ca c’est du boulot sous pression…. Chapeau parce que si je comprends ton envie d’aller au bout, j’aurais perso été tétanisée par l’enjeu !

    • 6
      15 juin 2014 - 21 h 30 min | Permalien

      Merci Marick ! J’avoue que j’ai tout de même envisagé d’abandonner un très très bref moment.

  • 7
    Sophie
    13 juin 2014 - 9 h 03 min | Permalien

    Les photos sont magnifiques…je dois avouer que j’ai eu des frissons en te lisant! et effectivement, heureusement que tu préviens que ça fini bien, je n’aurais pas pu lire!
    Tu peux décidément être fière de toi! et ça ne m’étonne pas que toi qui donne tant ai des amis si gentils et rayonnants!

    • 8
      15 juin 2014 - 19 h 03 min | Permalien

      C’est très gentil, merci Sophie.

  • 9
    13 juin 2014 - 9 h 17 min | Permalien

    Jolie histoire !!!
    Les amoureux sont très beaux et les photos magnifiques !!!
    Bravo c’est une belle réussite
    Florence

    • 10
      15 juin 2014 - 21 h 29 min | Permalien

      Merci beaucoup Cpourki !

  • 11
    13 juin 2014 - 9 h 47 min | Permalien

    La robe est magnifique ! L’association des couleurs et des couches de mousselines….Waouh. Et quelle originalité dans le costume du marié. Bravo à vous deux ! (et félicitations aux « Unionés » ?)
    Je comprends parfaitement ton stress et ton non-abandon, car j’ai également eu la confiance de ma belle soeur pour sa robe de mariée (modèle plus classique). Et pareil, tout parfait pour les toiles et ajustements, et avec le vrai tissu, il s’est passé un truc trop horrible au niveau du rendu de la poitrine à cause de la doublure….à 15 jours du mariage…
    Mon cerveau à turbiner 15 000 tours pour trouver une solution qui à arranger la chose (car pas possible de recommencer, plus assez de tissus !).
    Faire un vêtement, surtout une robe de mariée, quelle fierté et preuve de confiance, mais alors quelle pression aussi (genre la question qui nous traverse forcément l’esprit « pourquoi on a dit ok pour la faire?? » lol :o )

    • 12
      15 juin 2014 - 19 h 04 min | Permalien

      Ah Turlututu, nous sommes donc sœurs d’angoisse de robe de amriage/union ! Mais tu ne dis pas comment ça s’est fini de ton côté ?!

  • 13
    13 juin 2014 - 11 h 12 min | Permalien

    J’ose pas imaginer la pression !
    Une belle réussite au final, c’est une bien jolie robe pour l’Unionée et un bien bel ensemble pour l’Unionné (j’ai le droit d’inventer des mots pour coller au terme de la fête, non?).
    Et félicitations à toi et aux tourtereaux !

    • 14
      15 juin 2014 - 19 h 04 min | Permalien

      Merci beaucoup Stordigot !

  • 15
    13 juin 2014 - 11 h 50 min | Permalien

    Magnifique robe et vibrantes photos.
    Encore une mission plus que réussie wonderneedle!
    (j’espère que cela n’a réveillé ta tendinite!)

    • 16
      15 juin 2014 - 19 h 05 min | Permalien

      Merci beaucoup Lathelize (heureusement, la tendinite est restée sous contrôle)

  • 17
    Pamina
    13 juin 2014 - 12 h 49 min | Permalien

    Belle histoire, magnifiques tenues !
    Vraiment Saki n’a peur de rien ;)

  • 19
    13 juin 2014 - 16 h 09 min | Permalien

    WonderSaki! T’es une championne!
    Bises

    • 20
      15 juin 2014 - 19 h 06 min | Permalien

      Merci MademoiselleKR !

  • 21
    Marie
    13 juin 2014 - 16 h 56 min | Permalien

    Les belles photos, les belles amitiés, les belles histoires ♥

    • 22
      15 juin 2014 - 19 h 06 min | Permalien

      Le trio gagnant quoi….

  • 23
    Cilou6
    13 juin 2014 - 20 h 38 min | Permalien

    IM.PRES.SION.NANT !!!

    Du coup, je suis impressionnée, forcément :)

    Félicitations aux unionés et à la couturière :) Un jour, quand je serai grande, je saurai (noter la forme future du verbe et non la forme conditionnelle) coudre la mousseline de soie moi aussi… quand j’ai vu les photos, je ne voyais pas de catastrophe, du coup, je savais que cela finirait bien, mais on a eu chaud quand même.

    Si je me mariais, je te demanderais de coudre ma robe, mais vu que je suis déjà mariée, tant pis. Tu sais que tu pourrais en faire un métier!? Tu aurais du succes j’en suis sûre. (Là je parle des tenues de mariage en particulier).

    Encore bravo et merci pour le partage.

    Bisouxxx
    Cilou

    • 24
      15 juin 2014 - 19 h 07 min | Permalien

      Merci Cilou, mais je crois que je ne vais pas accepter tout de suite de coudre à nouveau un tel projet.

  • 25
    madeby[viou]
    13 juin 2014 - 21 h 26 min | Permalien

    Quelle pression de coudre pour les autres et/ou pour une date butoir ! Mais quel beau résultat et quelle persévérance…
    Félicitations aux amoureux et à leur couturière !
    Votre blog mérite bien son nom !

    • 26
      15 juin 2014 - 19 h 07 min | Permalien

      Merci beaucoup Viou !

  • 27
    14 juin 2014 - 12 h 46 min | Permalien

    Superbes amoureux, les photos sont vibrantes de bonheur.
    J’imagine le tien d’y avoir contribué !

    • 28
      15 juin 2014 - 19 h 08 min | Permalien

      Merci Théa, c’est vrai que j’étais sur un petit nuage le jour de la fête.

  • 29
    14 juin 2014 - 17 h 34 min | Permalien

    salut!
    en tout cas, cette robe est splendide!!
    j’adorerais « m’unir » de la sorte, quelle belle idée!!
    effectivement, ils sont beaux et jeunes, et on voit rien que sur les photos leur amour! c’est beau!
    bref, un grand bravo à toi, quel boulot, mais tu t’en es très très bien sorti!!
    bisous bisous!
    priscilia

    • 30
      15 juin 2014 - 19 h 08 min | Permalien

      Merci beaucoup Priscilia !

  • 31
    14 juin 2014 - 18 h 07 min | Permalien

    Bravo pour ta ténacité…et malgré tout ton talent en couture pour rattraper tout ça en si peu de temps!!

    • 32
      15 juin 2014 - 19 h 09 min | Permalien

      Merci Aurélie !

  • 33
    15 juin 2014 - 15 h 00 min | Permalien

    Elle est vraiment très belle cette robe et quand je pense au boulot de patronnage… Je suis vraiment impressionnée. Avec en plus la pression de la date et le tout cousu en soie… tu as les nerfs solides!

    • 34
      15 juin 2014 - 19 h 10 min | Permalien

      Merci beaucoup Caillou. En fait le patronage est très réduit là-dedans, le vrai boulot c’était de gérer les tissus délicats hélas.

  • 35
    16 juin 2014 - 15 h 33 min | Permalien

    Si je me marie un jour je souhaite de tout coeur avoir une amie comme toi sur qui compter et être aussi beaux et féerique que ce joli couple/
    Longue vie à eux

  • 37
    20 juin 2014 - 18 h 59 min | Permalien

    Gnii, j’ai frémi tout le long (c’est vrai je suis bonne cliente). Ravie que tout ce soit fini dans la joie. Félicitations aux jeunes unis. Quant à la couturière, bravo! Moi à ta place j’aurais déjà essayé d’attenter à mes jours avec mon découd-vite. La robe est adorable, elle fait elfe des bois.

    • 38
      22 juin 2014 - 9 h 07 min | Permalien

      c’est gentil, merci Angel.

  • 39
    Delphine
    21 juin 2014 - 21 h 54 min | Permalien

    Jolie histoire fort émouvante avec trois héros du jour, car tu en faisais définitivement partie! C’est ce genre de raté/rattrapage qui fait les humains au grand coeur et les créatifs je trouve. C’est une histoire inspirante.
    A part ça, la matière en soie a l’air sublime, mais quel challenge! Bravo!

    • 40
      22 juin 2014 - 9 h 08 min | Permalien

      Merci Delphine, le truc bien c’est que maintenant je sais comment dompter la mousseline de soie.

  • 41
    Delphine
    22 juin 2014 - 22 h 51 min | Permalien

    Ah eh bien je suis curieuse! Tu as mis un papier fin pour ne pas que le tissu soit avalé, ou un pied anti-glisse?

    • 42
      24 juin 2014 - 11 h 32 min | Permalien

      Delphine, non, rien de tel, mais je n’ai pourtant pas eu de souci de ce point de vue heureusement.

  • 43
    Thibault
    24 juin 2014 - 7 h 28 min | Permalien

    C’était une belle histoire :) … et une réussite.

    • 44
      24 juin 2014 - 11 h 32 min | Permalien

      Merci beaucoup Thibault, et bienvenue par ici !

  • 45
    12 juillet 2014 - 8 h 04 min | Permalien

    Avec toutes ces péripéties, le résultat est canon.