Soquettes et tawashi

Je n’ai pas pu résister….

Il FALLAIT que je me tricote une paire de soquettes à rayures changeantes, mais cette fois en combinant deux fils de coloris différents, quoique copains comme les doigts de la main. On ne le dirait pas en voyant cette paire mais il s’agit bien des deux mêmes pelotes de fil à chaussettes Delight de Drops, coloris mauve/vert-14 et turquoise/violet-09.

Le patron, encore et toujours, est celui de Noro stripey socks de Faith. Gratos, en english, canon. Je les ai juste raccourcies en tricotant uniquement 4 rangs en jersey entre la bordure et le talon. Aiguilles 2.25mm, 64 mailles montées de façon élastique, côtes 1/1…. Pour plus d’info n’hésitez pas à aller jeter un œil à ma première version de ce chouette patron.

Je les SURKIFFE ! Oui. Même si les hasards des changements de couleur font qu’elles sont très différentes. Comme en prime je n’ai utilisé que la moitié de chaque pelote il me reste de quoi en tricoter une autre paire qui sera surement tout aussi dissemblable, je pourrai m’amuser à les mélanger.

Le fil n’est pas désagréable à travailler une fois que l’on s’est habitué à son aspect irrégulier et presque feutré, mais aux pieds elles picotent un chouïa je trouve. Rien de grave mais si vous êtes sensibles n’utilisez surtout pas ce fil pour tricoter un châle.

 

Mmmmmmmmais ce n’est pas tout : je vais vous causer japonais pour changer.

En fait non, je ne cause pas un mot de japonais et en vrai je m’appelle Amélie, pas Sakiko. Un tawashi, j’ignorais ce que c’était jusqu’à ce que ces drôles de bestioles commencent à envahir Ravelry. Il s’agit d’un objet permettant de frotter (la vaisselle, la peau pour exfolier….), comme une éponge. Sauf que les tawashi tricotés/crochetés ont le gros avantages d’être plus écolo car ils se lavent en machine et durent longtemps.

Pour un séchage rapide et éviter la prolifération des bactéries, mieux vaut utiliser de l’acrylique. Pas du tout écolo en théorie, mais j’ai utilisé ici une pelote récupérée lors d’une trocante, et il suffit de peu de fil donc c’est un super projet pour finir les restes.

Il paraît que le plus efficace est de tricoter en double un fil acrylique avec une bande de tulle, pour un rendu plus abrasif mais tout de même doux pour la peau…. N’ayant pas de tulle sous la main et pas l’intention d’en acheter exprès, j’attendrai de trouver un moyen d’en récupérer d’occasion pour tester la chose. J’ai aussi vu passer quelques réalisations en coton, voire réalisées avec des bandes de t-shirt découpé. Ça me semble une très mauvaise idée car le coton n’évacue pas bien l’humidité, d’où un temps de séchage plus long et tous les inconvénients qui l’accompagnent.

Ce tawashi fait environ 2/3 d’une éponge de cuisine normale, et se câle agréablement dans le creux de ma mimine.

Après avoir zieuter quelques patrons et réalisations, j’ai opté pour un mélange perso, au tricot car je n’aime pas crocheter :

  1. Pour la forme, j’ai utilisé le patron d’hexipuff initialement destiné à la couverture Beekeeper’s quilt de Tiny Owl Knits (sympa, mais plus de 6€ pour un patron en réalité si simple, c’est un chouïa exagéré à mon avis, j’dis ça j’dis rien).
  2. Il se tricote en rond après un montage équivalent à celui des chaussettes toe-up, normalement avec des doubles pointes mais c’est très bien passé en magic loop avec mes aiguilles circulaires 3.5 mm.
  3. Après un premier essai dont la maille ne se tenait pas assez à mon goût et qui laissait voir le rembourrage (le plus petit des trois), j’ai préféré tricoter en double, toujours avec les aiguilles 3.5 mm : résultat serré assuré, même si c’est plus fatiguant pour les mains.
  4. Chaînette crochetée pour pouvoir les faire sécher en hauteur.
  5. Rembourrage avec un sac plastique (ça permet de faire baisser le stock qui encombre la cuisine de ma mère) : le tawashi est plus agréable à tenir en main ainsi. Les versions plates ne me disaient rien.
  6. Pas de couture, après rembourrage j’ai refermé le tawashi en grafting plutôt qu’avec un rabattage aiguilles/crochet comme indiqué dans le patron.
  7. Pour un rendu en relief pour mieux « gratter », j’ai tricoté un rang sur deux avec un point fantaisie simple : faire un jeté, tricoter deux mailles (pas ensemble, juste les tricoter à la suite), rabattre le jeté par dessus ces deux mailles, recommencer jusqu’à la fin du rang.
    Pour les deux premiers essais j’ai utilisé ce point sur l’endroit, puis réalisé que l’envers était encore plus texturé, cf la photo ci-dessus.

 

Je suis très satisfaite du rendu et c’est tellement fastoche et rapide à tricoter que je compte bien m’en faire de toutes les couleurs…. Mes tawashis tiendront-ils le coup ? Met-on un S au pluriel de tawashi ? Monsieur Jones me fera-t-il enfermer quand il apprendra que j’ai cessé d’acheter des éponges ?

Surtout ne ratez pas la suite de Vaisselle, gloire et beauté


1874 versus 1936

À gauche : Camille Corot, la Dame en bleu

Qu’ont en commun ces deux dates ? (non, j’suis pas SI vieille que ça)

L’une correspond à la construction de l’opéra Garnier (qui sera inauguré le 5 janvier 1875), la seconde aux premiers congés payés…. Me voila donc en train de préparer deux costumes pour des gn* historiques diamétralement opposés.

* pour plus d’info sur le jeu de rôle Grandeur Nature, alias GN, lisez par exemple les commentaires sous cet article.


La pression est particulièrement forte pour le jeu 1874 …

… puisque bon nombre de participants vont probablement louer leurs costumes chez les Vertugadins, voire les faire réaliser par Fanny Wilk, de Temps d’élégance. Autant dire que ce sera beau, et qu’il est hors de question que j’aie l’air d’une cousine pauvre. D’où ce récapitulatif afin de peaufiner mes projets, garder une trace de ce que j’envisage à ce stade et en causer avec vous si ça vous intéresse.

Le personnage : pour l’instant j’en sais peu, mais elle est jeune, fraiche et elle en veut. Il me faut une tenue élégante dans des tons dignes d’une jeune fille en fleur (pas de couleurs sombres ou de rouge éclatant donc), avec la possibilité de faire quelque chose d’un peu foufou.

 

La base : corset et tournure pour me faire une ligne de rêve

Il ne s’agit pas de reconstitution historique et mes dessous ne seront vus par personne (nononon, personne, bande de canailloux), donc je me permets quelques libertés et j’ai simplement pioché dans mon stock de patrons le magazine Knipmode que voici, dans lequel il y a un corset qui me semble tout à fait rigolo à coudre. Il est indispensable de commencer par cette pièce puisque par la suite je la porterai pour les prises de mesures des (nombreuses) autres fringues et tous les essayages.

J’adorerais pouvoir pousser le vice jusqu’à avoir le moindre de mes dessous historiquement juste, mais ne nous leurrons pas : je serai déjà contente si j’arrive à avoir un costume visuellement satisfaisant. Mais bon, il me FAUT une tournure. Que-quoi-qu’est-ce ?

Il s’agit d’une armature ou d’une espèce de coussin en forme qui va permettre de soutenir fermement jupon, jupe et sur-jupe en un point hautement stratégique, j’ai nommé : mon popotin. Car oui, alléluia, joie et bonheur, il s’agit là d’une mode qui flatte la taille (grâce au corset) et rend divins tous les types de fessiers. Qu’ils soient plats comme une crêpe au beurre ou rebondi comme sa version poire/chocolat/chantilly.

On est loin, très loin de la trop fameuse crinoline, armature constituée de cerceaux donnant de l’ampleur tout autour des jambes. La crinoline n’aura été à la mode que 10 ans en tout, de 1850 à 1860 environ. Pendant les 5 années suivantes il y eut la crinolinette, petite cousine mettant davantage l’accent sur la traine, et puis zou : la tournure est arrivée et a régné de 1865 à 1890. L’avant de la jupe est devenu presque plat tandis que l’arrière était rehaussé de façon exagérée, que l’on opte ou non pour une jupe à traine.

Niveau patrons, j’ai commencé par baver devant ceux de la marque Truly Victorian, superbes et utilisés par de nombreux fans de reconstitution. Mais vu les prix des patrons (sans compter les frais de port) et les métrages de tissus nécessaires pour les différentes pièces, il fallait faire un choix drastique : beaux patrons ou beaux tissus. Pour un rendu convainquant je préfère miser sur des tissus qui ne font pas cheap, donc hop, après un nouveau tour dans mon stock voila le patron que je vais utiliser : la pochette Burda #7880 « history 1880″.

J’ai eu un coup de bol monstre en le récupérant gratos lors d’une trocante couture/tricot organisée à Bruxelles. Si j’ai bonne mémoire c’est Yanoudatoi que je dois remercier pour ce patron.

Alors okayyyy, là comme ça, il donne moyennement envie. Tout ce rose…. Mais zyeutez donc l’ensemble fort similaire qu’a cousu Rachael Kras pour du cosplay. Canon hein ! Comme quoi le choix des tissus et les petits détails font toute la différence. J’adorerais pouvoir me lancer dans quelque chose d’aussi dramatiquement graphique, mais cela ne collerait pas trop. À la place je pense choper un tartan dans un coloris printanier, en m’inspirant de ces quelques images.

 

À priori, je vais suivre le patron et coudre une espèce de « boudin » ceinturé à la taille plutôt qu’une vraie tournure avec armature.

 

Faisons les comptes : à ce stade nous disons donc

  1. corset
  2. tournure « boudin ceinturé »
  3. jupon
  4. jupe
  5. sur-jupe
  6. veste

 

Hum. C’est déjà un beau programme, mais que serait une élégante parisienne sans ses accessoires ? J’ai nommé chaussures, gants et chapeau au minimum. Voici quelques images inspirantes, j’avoue que je suis contente d’avoir une excuse pour essayer de me faire un chapeau).

Pour les chaussures, mon plan machiavélique consiste en une fouille systématique du marché aux puces à la recherche de chaussures à ma taille dotées de talons bobines, le recouvrement des dites chaussures avec du tissu et de la colle néoprène, puis la réalisation de guêtres dans le même tissu afin de les porter par-dessus et donner l’impression qu’il s’agit d’élégantes et coûteuses bottines (patron de guêtres testé et approuvé).

Comme j’suis une vile accro au tricot, j’ai aussi repéré quelques charmantes bricoles qui complèteraient à merveille cette tenue :

Gants en dentelles par Jennie Atkinson | Netherfield evening bag par Anna Cole | A sensible shawl par Celeste Young

Voila voila, j’ai du pain sur la planche mais d’ici novembre ce devrait être faisable, bien que le minot me tienne loin de ma machine à coudre bien-aimée. Pour beeaaaauuuuucoup plus d’images inspirantes, allez directos sur le tableau Pinterest que j’ai créé pour l’occasion.

Mais en priorité, il faut que je finisse mes tenues pour 1936 !

Le jour J approche (début juin, déjà), et seule ma tenue de jour est à peu près au point, et j’ai fini le gros châle pour me réchauffer si la soirée s’avère frisquette. Il me manque encore une paire de chaussures (pour ça, direction le marché aux puces de Bruxelles) et surtout la robe pour le bal du 14 juillet 1936. J’ai beau jouer le rôle d’une femme très modeste, un bal c’est un bal ! Je compte bien me pomponner et dégainer une jolie tenue.

Pour bien marquer ma condition sociale anti-glamour, elle sera en simple coton, dans un imprimé rétro ringard aux couleurs discrètes, mais je pense avoir trouvé LA coupe qui devrait me flatter tout en collant à l’époque : la robe 116 du Bubu de mars 2008 (mille mercis à la copine qui me l’a envoyée !)

Il va juste falloir la raccourcir pour qu’elle arrive aux chevilles (ce sera hélas beaucoup moins joli).

Une fois inscrite, avant de connaître mon rôle, j’avais repéré en trépignant quelques adorables tenues de jeunes femmes en vacances. Ouvrières libérées, grandes bourgeoises sexy…

Las, le pantalon ne collait pas, ni les robes du soir « qui en jette ». Je me suis donc rabattue sur des images d’inspiration un peu moins à mon goût mais tout de même sympatoches.

Je viens de récupérer le patron, j’ai le tissu de la robe et celui de la ceinture, ainsi qu’une boucle ultra vintage… Taïaut !

 

Vous avez dit « rustique » ?

Encorrrrre un châle, et ouais.

Je ne m’arrêterai que lorsque que j’en aurais un allant avec chacune de mes tenues, on n’est pas sortis de l’auberge quoi.

Celui-ci est volontairement très simple car ça fait des lustres que je me caille le soir en gn, pleurnichant « pourquoi, mais pourrrrquoi n’ai-je toujours pas de bête châle douillet et tout simple pouvant aller avec une tenue historique ? »

Ayant un budget limité, j’ai décidé de cesser de faire ma mijaurée et de donner une chance aux fils cheap de Zeeman, une chaîne de magasins belge qui-vend-de-tout-pas-cher.

Après trois heures à peloter toute la gamme de la boutique, j’ai chopé 500 gr de la qualité Julia pour 9,95€.

Acrylique majoritaire certes, mais il y a tout de même 20% de laine, le prix est ridiculement bas (1.99€ pour 100 gr/170 mètres), et le rendu est pile ce que je recherchais, à savoir un gros fil torsadé mais tout de même assez régulier dans un coloris chiné de blanc cassé/marron qui lui donne un aspect rustique et naturel.

Bonus : il n’est pas du tout désagréable à tricoter, et même très chouette à s’enrouler autour du cou, au grand étonnement de la grosse snob de la laine que je suis. Même si évidemment il ne peut rivaliser avec de l’alpaga ou du mérinos.

Je voulais un patron simple ok, mais pas simpliste/ennuyeux comme la pluie. Il fallait un twist, un truc qui maintienne l’intérêt tricotesque et donne quelque chose de joli.

Hop, j’ai dégainé ce bon vieux patron Galachio de Brian Smith : une construction simple à base d’augmentations régulières, et des bandes alternées de point mousse et de point fantaisie fastoche. J’en ai déjà causé en long en large et en travers par ici.

Ennuyeux ? Je veux mon neveu ! Mais avec ce fil et des aiguilles 7mm au lieu de 5, le châle monte tellement vite que je n’ai tricoté que les 2/3 du patron. Un projet zen, rapide et aussi satisfaisant qu’un pot-au-feu de grand-mère.

Pour info, j’ai utilisé environ 320 gr de fil, soit un peu plus de trois pelotes. Il me reste de quoi me tricoter un gros bonnet pour l’accompagner en hiver.

Pour l’instant je l’utilise surtout pour me lover au chaud sur mon canapé, mais d’ici peu il sera par-fait pour réchauffer mes p’tites épaules lors d’un gn années 30 pour lequel je jouerai le rôle d’une modeste campagnarde, pile le genre de gonze à se tricoter un gros châle en grosse laine.

Je vous laisse sur cette si jolie mélodie de Marc Perrone : merveilleux diatoniste, merveilleux homme.

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La capucharde

Une capucharde, c’est en théorie le combo gagnant : capuche, écharpe… Cadeau bonus : celle-ci a des poches.

En pratique j’ai toujours trouvé le concept un peu foireux car

  • Je ne suis pas du tout convaincue par les capuches tricotées (manque de tenue comparé au crochet normal et tunisien).
  • Ça ne tient pas vraiment chaud (les oreilles ne sont pas protégées).
  • C’est cool d’avoir des poches pour mettre les mains au chaud, mais il faut choisir : écharpe nouée = mains froides, mains dans les poches = froid au cou.
  • Une capuche ça tombe tout le temps…
  • et mal placé ça peut être vraiment moche.

 

Et puis vlan, voila-t-y pas que Mulambo m’en a demandé une dans le cadre d’un troc (troc qui vous intéresse puisqu’en échange ce talentueux graphiste bosse sur mon patron Mellow Yellow). Nous sommes tombés d’accord sur le patron Trifecta, écrit par Lauren Riker pour sa collection…. Girly knits : knits for hip chicks. Aïe me suis-je dit : une capucharde, un esprit ultra girly assumé, des p’tits cœurs partout sur le pdf (oui oui, des p’tits cœurs). Pas du tout ma came tout ça !

Et bein j’avais tort.

Je ne suis toujours pas convaincue par la praticité de la chose, mais ce patron est bien écrit et assez bien pensé. J’aurais de loin préféré que la capuche soit construite d’une pièce à l’aide de rangs raccourcis, ainsi il n’y aurait pas eu la marque de la couture en haut du crâne (en fait un rabattage à trois aiguilles), mais il aurait fallu se passer de la torsade.

Le bon côté de la chose c’est que c’est un vrai doudou. Le fil Big Merino de Drops (coloris bordeaux/12) tricoté en double avec des aiguilles 7 mm (au lieu des 8mm préconisées) donne une maille moelleuse à souhait et fait bien ressortir la torsade et le point fantaisie. Il aura fallu un peu moins de 12 pelotes en tout. J’en avais chopé 13 en suivant les conseils lus sur Ravelry, je pense que j’aurais dû attaquer la 13ème pelote si j’avais bossé en 8 mm.

Las, comme prévu la capuche est mollassonne, j’étais tellement déçue sur le coup que j’ai mis une éternité à me décider à faire des photos… Et je suis tombée sur mon popotin en découvrant qu’en fait j’aime tout de même le résultat, qui a un p’tit quelque chose de romantique sans être tartouille pour autant.

Mission accomplie, ça fait du bien de ressortir les grosses aiguilles et les projets qui montent vite… Hop, je continue sur ma lancée avec un châle rustique pour le gn.